Portrait d’une terre en Pologne, la Mazurie, par le biais de ses habitants filmés dans la solitude de leurs trajets, de leurs gestes quotidiens, celui du peintre d’icônes, du pêcheur, du braconnier, des débardeurs, aux abords ou au cœur de la forêt… Des récits viennent évoquer en appoint l’histoire dans cette région…

Le point de vue d'un visionneur vidéothécaire  :

"D'abord les images fixes d'une forêt sous la neige, puis de jeunes forestiers charriant des troncs d'arbres qu'ils transportent sur une charrette tirée par deux chevaux ; principalement les travaux de ces forestiers au fil des saisons, l'hiver dans la neige et la glace, l'été dans les frondaisons luxuriantes de la forêt ; mais aussi les réunions familiales où l'on chante des ballades à vous retourner l'âme autour de l'accordéon, enfin une jeune artiste peignant, sous nos yeux, une magnifique icône orthodoxe.

Nous sommes en Mazurie aux confins de la Pologne et de l'enclave russe de Kaliningrad. Une région malmenée par l'histoire avec une frontière se déplaçant au gré des traités internationaux avant et après la Seconde Guerre mondiale. Les gens que nous voyons sont les descendants d'un peuple plusieurs fois "déplacé" avec une grande brutalité. Au fil des images naissent des récits en voix off sur fond noir nous racontant cette brutalité, les arrachements successifs de ces gens à leurs terres. Enfin, la confection de l'icône est là comme le témoignage éloquent de la persistance de la culture, malgré tout. Mais c'est la forêt et les hommes qui y travaillent le sujet premier de ce film. Intemporelle, insondable, source de vie, la fascination qu'elle exerce, mais aussi l'immense dureté du travail qu'elle offre. A la fin du film l'un des jeunes forestiers s'interroge : les arbres sont-ils les témoins muets des horreurs qui ont pu se tramer dans leur ombre, nous voyons pour finir les restes cauchemardesques du "Repaire du loup", le quartier général qu'Hitler fit construire dans ces bois.

Film étrange que celui de Max Hureau qui tente et parvient à nous faire sentir les liens inextricables qui unissent un peuple, son histoire et le lieu qu'il habite, surtout lorsque ce lieu s'impose par la force d'une nature puissante. L'absence à l'image de repères temporels accentue la sensation d'un monde à des années lumière du notre, un monde où vivraient des gens qui trouveraient encore en eux-mêmes la force de vivre."

Joël GOURGUES, Bibliothèque municipale, Nanterre.

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