"Réflexions abusives sur la lutte des classes". Raoul Peck interroge le monde à travers sa terre d'origine, Haïti. Pourquoi acceptons-nous le monde tel qu'il est ? Où est la solidarité ? Où sont les militants ?

Qui a dit que l'économie était au service de l'homme ? Quel est ce monde où un tiers de la population, les pays riches – ou, plus précisément, les décideurs des pays riches et ceux qui y vivent bien, ce qui réduit le chiffre – impose la loi du marché, c'est-à-dire la loi du plus fort, au reste des humains ? Pourquoi acceptons-nous le monde tel qu'il est, cynique, immoral ? Où est la solidarité ? Que sont devenus les militants ? Telles sont les questions abordées de front dans ce documentaire.
"Le capitalisme a réussi à nous convaincre que lui seul était vérité, lui seul était moral." Il a fait mieux, il a convaincu la plupart de ses adversaires que leur échec était dans l'ordre des choses.
À cet éclairage théorique très documenté, Raoul Peck oppose la réalité humaine de sa terre d'origine, Haïti. "Un pays qui n'existe pas, où le débat intellectuel est devenu un luxe." Son PNB pour les trente ans à venir équivaut à la fortune de Bill Gates. Des images magnifiques pour montrer la vie des damnés de la Terre, quand d'autres parlent de "capitalisme triomphant".

"(...) Le cinéaste avance à découvert. Il parle à la première personne pour dire sa colère et son incompréhension – pourquoi acceptons-nous le monde tel qu'il est, cynique, immoral ? Où est la solidarité ? Que sont devenus les militants ? Dans sa voix passent la rage, l'émotion, la poésie, l'ironie. Pour rendre vivantes, cinématographiques, des idées, des notions abstraites, immatérielles, comme la mondialisation, le pouvoir ou le mercantilisme, Raoul Peck a réalisé un très beau travail formel. Le montage joue les associations, le ping-pong entre images et texte. Documents d'archives, extraits de films, micro-trottoirs, musique, tout est bon pour toucher le spectateur, le provoquer, le retenir. Ce film est une bouffée d'air vivifiant. (...)"


Thérèse-Marie DEFFONTAINES, Le Monde, 1er avril 2001.

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