Julian est un jeune poète habitant dans une petite ville du nord de la Floride parti commémorer, aux côtés de ses compatriotes, les 10 ans des attentats du 11 septembre… Thomas Haley filme ici un patriote ordinaire, désireux d’ancrer son identité dans un projet national en crise, et dresse le portrait nuancé d’un "petit blanc" qui n’a pas renoncé à son rêve américain…

"Dans la maison familiale, Julian rêve parfois qu'il plante un couteau à beurre dans la gorge de Ben Laden. Chaque année, il promène son visage poupin depuis sa Floride natale jusqu'au mémorial de Ground Zero. Ce rite est devenu sa raison de vivre. Il a même composé une ode épique à la gloire de la nation américaine et de son drapeau, qu'il semble téter comme le sein maternel ou brandir comme une épée : celle qui se dressera bientôt dans le ciel de New York quand on aura reconstruit un orgueilleux building de quarante étages. Thomas Haley, qui a grandi dans l'Oregon, connaît bien cette Amérique profonde, qu'il filme à fleur de peau. Dans ces visages et ces corps souvent saisis en close-up, le cinéaste parvient à transmettre la crise identitaire que traverse l'Amérique actuelle. Alors que le spectacle scénarisé de l'anamnèse collective et multiraciale ouvrant American Dreamer traduit la fin de l'innocence, le personnage de Julian, émouvant et monstrueux, incarne l'un des puissants ressorts du patriotisme ordinaire, la croyance têtue et naïve d'un "petit blanc" qui n'a pas renoncé à l'American dream."

Emmanuel CHICON, Catalogue Visions du réel, 2013.

Le point de vue d'un vidéothécaire :

"Monté serré, American dreamer est le portrait d'un idéaliste, pur produit de l'Amérique "attaquée" des années Bush. Loin des réalités géopolitiques et de la diplomatie de Washington, Carozza écrit des poèmes aux États-unis, qu'il partage au club local des vétérans américains ou sur le trottoir de Manhattan.

Volontiers bravache, Carozza se paie de mots et brandit sa fierté d'être américain avec un certain talent. Mais il n'est en réalité qu'un déclassé, qui préfère chanter les victimes du 11 septembre, plutôt que de s'engager dans un service militaire ou civil.

Ce portrait très vivant est également une célébration vibrante de la cacophonie démocratique qui réunit au hasard de la liberté de parole, des "complotistes", des pacifistes et de belliqueux nationalistes, réunis finalement dans le même culte républicain."

Julien FARENC, BNF.

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