"Carnet de voyage d'un banlieusard" - Le réalisateur a relié Paris à Orléans à pied en suivant le tracé de l'ancienne voie romaine… Au fil de sa pérégrination, il découvre le cabanon des premiers banlieusards, l'unique cité auto construite de France, un ancien camp d'internement des tsiganes… 

"(...) Aujourd'hui, avions et trains nous propulsent d'un centre historique à un centre touristique, sans que nous puissions regarder ces paysages brouillés par la vitesse. Seulement une infime partie de la population vit dans ces espaces protégés de la culture ou du luxe. Les autres dorment, mangent et travaillent à la périphérie. Ce mot même suppose un cercle parfait, ce que la ville n'a jamais été. De centripète, elle est devenue centrifuge. Le bâti s'agglutine le long des routes. Les villages s'amalgament, laissant parfois dans l'entre-deux des poches résiduelles. Lotissements pavillonnaires flambant neufs dans le vert paysage. Étendues de parking et blocs d'usines forment ce front urbain disloqué à l'orée des champs de blé ou de betterave. (...)

J'aurai pu choisir d'arpenter le no man's land de l'Amérique des motels et des highways, et mieux me conforter à l'idée que l'Europe serait différente. Seule l'échelle change entre les continents. Mais notre Histoire ne doit pas nous rendre aveugle. Tout paysage n'est jamais que le reflet de la société qui le produit. Société de consommation exacerbant les comportements individuels avec la voiture. Etalage publicitaire le long des routes. Modèle économique qui veut ignorer les lieux pour toujours aller plus vite et plus loin. Imposer son architecture de préfabriqué, pour que le monde soit partout reconnaissable et s'uniformise.

Appréhender au rythme de la marche ces paysages de la modernité. Marcher, permet de rencontrer autrement les gens, d'échanger une parole différente, de penser autrement le monde. Certaines personnes font avec nous une partie du chemin qui conduit à l'étape suivante. D'autres nous accompagnent vers un lieu précis ou encore, nous remettent sur notre chemin. La mise en scène de la marche rythme les journées.

Regarder ces lieux éphémères, parfois désolés. Enseignes de magasins ou panneaux publicitaires, casses de voitures, dépôt de grava ou ronds-points en construction. Vouloir, tel Walker Evans, poser un regard sur ces objets éphémères, comme pour tenter d'en faire l'inventaire. Leur donner une mémoire qui leur est souvent refusée."

Olivier COMTE.

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