Quand un chorégraphe se passionne pour le travail d'un peintre, il arrive que naisse une œuvre de cette rencontre… Le chorégraphe/danseur J.Nadj veut "pénétrer" dans une œuvre en argile de M.Barcelo… Deux points de vue de cette performance, celui de A.Torres et celui de B.Delbonnel…

Josef Nadj se passionne depuis longtemps pour le geste du peintre et, en compagnie de son ami poète Otto Tolnaï, il a pris l'habitude de rendre visite à des artistes dans leur atelier. C'est ainsi qu'il y a environ cinq ans, il est entré pour la première fois dans celui de Miquel Barceló - et a pu approcher une œuvre qu'il ne connaissait jusqu'alors que grâce à une exposition de l'artiste majorquin (c'était au Jeu de Paume à Paris en 1996), ou par l'intermédiaire de ses livres ou de catalogues qui lui sont consacrés. Par la suite, le dialogue entre ces deux hommes qui, au-delà de leurs différences, possèdent nombre de préoccupations, nombre d'intérêts communs, s'est poursuivi et Nadj est retourné régulièrement voir Barceló dans son atelier parisien. La fréquentation de sa peinture, la proximité avec elle, lui a permis d'affiner la perception et la compréhension qu'il en avait, d'apprécier tout particulièrement la profondeur, le relief et la matière de certains tableaux, leur capacité à créer des espaces qui vous "interpellent physiquement".

D'abord curieux de la peinture de Barceló, Nadj s'est également intéressé de plus près aux travaux de celui-ci en terre et en céramique et, en particulier, aux pièces de très grand format - qui manifestent au plus haut point l'engagement corporel de leur auteur. Jusqu'au jour où, raconte-t-il, "comme en une sorte de confession, je lui ai dit que j'avais envie de rentrer dans le tableau, de le vivre de l'intérieur, de réagir physiquement et pas seulement mentalement". Et Barceló a répondu : "Oui, mais comment ?". Cette déclaration presque involontaire s'est transformée en une invitation à partager l'expérience devant des spectateurs, sous la forme d'une performance. Une expérience qui constitue un double défi, stimulant et fécond pour les deux artistes en présence : pour le chorégraphe et danseur, il s'agit d'aller jusqu'au bout de son impulsion première, c'est-à-dire de "pénétrer" dans une œuvre plastique - qui plus est, en train de se faire, participant ainsi à sa composition.

Pour le peintre, le pari consiste à intégrer la présence d'un partenaire pour réaliser une œuvre en argile, en public et dans un temps extrêmement condensé par rapport à son temps de travail habituel. Toutefois, l'un des enjeux majeurs de cette performance réside dans le fait de créer ensemble, c'est-à-dire de produire une œuvre qui, à la fois, contienne des qualités communes aux deux créateurs et conjugue des traits propres au langage de chacun. Autrement dit, d'ouvrir un territoire de dialogue, un "sol" sur lequel chacun puisse s'appuyer tout en s'aventurant dans l'univers de l'autre. L'autre tient au caractère exclusif et éphémère de cette réalisation à quatre mains, dont la durée d'existence concrète, indépendamment des traces qu'elle pourra inscrire dans la mémoire des acteurs et témoins, correspondra exactement au temps de son surgissement, hic et nunc. Ce qui signifie que l'œuvre produite se confondra avec l'acte même de sa création.Et comme renouer avec les origines de l'art, par et dans leur geste artistique, est une problématique qui anime aussi bien la démarche de Nadj que celle de Barceló, c'est autour de cette intention qu'ils ont décidé d'articuler leur performance.

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